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Bras de plomb
video Bras de plomb naît d'une véritable rencontre. Entre l'homme, le danseur-chorégraphe, et une femme, artiste des matières inertes. Betty Goodwin, depuis si longtemps obsédée par l'image du corps humain, qu'elle dessine et modèle, et traite de toutes les façons, érode, épluche, écorche, et montre souffrant et désirant, meurtri, exultant parfois, est dans la présence réelle de celui qui semble sorti de son imaginaire : c'est comme si elle effaçait les ultimes traces du dessin d'un homme pour laisser au vivant l'espace de sa danse, et que son œuvre se déployait dans la périphérie d'un décor qu'elle veut sobre et découpé, pesant de son poids de métal, écrin de l'esseulement. Elle a dit à Paul-André Fortier : « les bras ». Elle a dit : « de chair; de plomb; absents; doués d'une vie qui leur soit propre ». Et c'est ainsi que les bras sont devenus, comme si la destinée humaine y était toute entière emprisonnée.

L’œuvre de Betty Goodwin, la manière dont elle met en scène le corps, semblait appeler la danse. Des corps meurtris et brisés qui flottent sur d’immenses papiers translucides à peine délavés par la couleur, des corps érodés, parfois mutilés, esquissés, effacés puis redessinés, mais toujours en tension; des corps tantôt agglutinés et tantôt insupportablement seuls mais toujours engagés dans un passage, celui de la vie. Paul-André Fortier le savait, le sentait. Il a osé demander, pour La Tentation de la transparence, déjà. Elle lui a laissé quelques photos tramées d’ombres, et une manière d'île-tombeau, mais aussi le désir de travailler à nouveau de l’intérieur de l’oeuvre. Il y a maintenant Bras de plomb, suite logique d’une œuvre de Betty Goodwin intitulée Black Arms. Des bras qui dansent, légers et gracieux comme des ailes, puis tendus et raides et lourds, de plus en plus lourds. L’œuvre de Betty Goodwin a fait l’objet de nombreuses expositions dont une importante retrospective organisée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal en 1988. Récipiendaire du prix Borduas en 1986, elle a depuis été honorée de plusieurs doctorats honorifiques attribués entre autres par l’Université de Montréal et par l’Université de Guelph.

Texte d’Aline Gélinas

« La Tentation de la transparence (1991) et Bras de plomb (1993)...Œuvres magnifiques, où le danseur prolonge, dans son corps propre, les questions du sculpteur et du peintre ». – Laurence Louppe, Art Press, Paris, mars 1994


Bras de plomb

Chorégraphe Paul-André Fortier. Interprète Paul-André Fortier. Musique originale Gaétan Leboeuf. Lumières Jean Philippe Trépanier. Décor Betty Goodwin assistée par Réal Benoit. Costumes Carmen Alie et Denis Lavoie d’après l’idée originale de Betty Goodwin.

Cette œuvre est dédiée à Michèle Febvre. Présentée en première en 1993 au Festival international de nouvelle danse, Montréal, QC, Canada.